Les origines de Pierre Feuille Ciseaux
Un jeu pratiqué par des milliards de personnes, inventé il y a des millénaires, et personne n'arrive à s'accorder sur quand, où ni par qui. Un classique.
Pierre Feuille Ciseaux n'a pas d'inventeur unique. Son plus ancien ancêtre connu est le shoushiling, un jeu de mains chinois de la dynastie Han pratiqué surtout comme jeu à boire, et les jeux de ken japonais — mushi-ken, kitsune-ken, puis enfin jan-ken — l'ont ramené aux trois gestes utilisés aujourd'hui. L'idée qui le sous-tend, un cycle non transitif entre trois options, est assez fondamentale pour être apparue indépendamment dans plus d'une culture.

La réponse courte
Pierre Feuille Ciseaux est né en Chine, peut-être dès la dynastie Han (206 av. J.-C. à 220 apr. J.-C.), dans un jeu appelé shoushiling (« ordre de la main »). Il a voyagé jusqu'au Japon, où il est devenu le jan-ken et a pris la forme à trois gestes que vous connaissez. Depuis le Japon, il s'est répandu dans le reste du monde au XXe siècle. Voilà la version courte. La version longue comporte des lézards et des jeux à boire.
La Chine ancienne : le shoushiling
Le plus ancien jeu de gestes de la main connu apparaît dans des textes historiques chinois de la dynastie Han. Le shoushiling utilisait d'autres signes que le jeu moderne. Les gestes d'origine représentaient peut-être un général, un ministre et un homme du peuple, dans une hiérarchie cyclique. Le principe, lui, était le même : trois options, chacune battant l'une et perdant contre l'autre. Les maths n'ont pas bougé depuis 2 000 ans.
Le shoushiling était avant tout un jeu à boire entre adultes. Les joueurs lançaient leurs signes simultanément, et le perdant buvait. Ce contexte de convivialité alcoolisée explique en grande partie pourquoi le jeu a survécu et s'est répandu. Il était amusant, ne demandait aucun matériel et fonctionnait dans toutes les langues. Les seuls prérequis étaient une main et un verre. L'humanité a assuré sur les deux tableaux.
Le Japon : la naissance du jan-ken
Le jeu a atteint le Japon entre le XVIIe et le XIXe siècle. Les joueurs japonais l'ont profondément transformé, ce qui est une façon polie de dire qu'ils l'ont rendu bien plus bizarre avant de le rendre parfait :
- Mushi-ken : une variante ancienne avec une grenouille, une limace et un serpent. La grenouille bat la limace, la limace bat le serpent, le serpent bat la grenouille. Les joueurs mimaient chaque animal de la main. Un geste de la main pour la grenouille. Prenez un instant pour imaginer ça.
- Kitsune-ken : une autre variante avec un renard, un chef de village et un chasseur. Le renard ensorcelle le chef, le chef domine le chasseur, le chasseur abat le renard. La mythologie est dense.
- Jan-ken : la version finale, simplifiée, avec Pierre, Feuille et Ciseaux. C'est la forme qui s'est imposée, parce que trois choses que tout le monde peut mimer d'une seule main, c'est visiblement le point d'équilibre parfait pour un jeu universel.
Le jan-ken est devenu omniprésent dans la culture japonaise. Les enfants s'en servent pour régler leurs différends. Les adultes s'en servent pour trancher. Il est utilisé dans des contextes formels comme mécanisme de décision équitable. Au Japon, ce jeu n'est pas considéré comme anodin. Il est considéré comme une infrastructure.
La diffusion mondiale au XXe siècle
Depuis le Japon, Pierre Feuille Ciseaux s'est diffusé par plusieurs canaux, parce que les bonnes idées ne restent jamais en place :
- Années 1920-1930 : des auteurs occidentaux commencent à décrire « le jeu japonais » dans des publications anglophones. Le New York Times en publie l'une des premières descriptions en anglais, en 1932.
- Seconde Guerre mondiale : les soldats alliés stationnés dans le Pacifique découvrent le jeu et le ramènent aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Australie. La guerre est une horreur. Mais cet échange culturel a produit au moins une bonne chose.
- Années 1950-1970 : le jeu s'impose comme un incontournable de l'enfance dans tout le monde anglophone, souvent sous des noms locaux comme Roshambo, « Ro-Sham-Bo » ou « Scissors Paper Rock ».
- 2002-2009 : la World RPS Society formalise le jeu de compétition, publie des règles officielles et organise les championnats du monde de PFC à Toronto, plaçant le jeu sous les projecteurs des grands médias. La suite, eh bien, c'est de l'histoire.
Et le nom « Roshambo », alors ?
L'origine du mot Roshambo (ou Rochambeau) est débattue. La théorie la plus répandue le rattache au général français le comte de Rochambeau, qui combattit aux côtés de George Washington pendant la guerre d'Indépendance américaine. Rien ne prouve que le général ait jamais joué à ce jeu. Il s'agit plus probablement d'une dérive phonétique du chant japonais « jan-ken-pon » passée par un anglais américain teinté de français. Mais l'histoire de Rochambeau est plus amusante, alors on continue de la raconter.
Personne ne l'a « inventé »
Contrairement au basket-ball (James Naismith) ou au volley-ball (William G. Morgan), Pierre Feuille Ciseaux n'a pas de créateur unique. Le jeu a évolué de façon organique pendant des siècles, dans plusieurs cultures. Le principe sous-jacent d'une compétition non transitive entre trois options est si fondamental qu'il est apparu indépendamment, sous différentes formes, à travers l'Asie de l'Est.
Ce que l'on peut affirmer, c'est que la version à trois gestes que nous connaissons aujourd'hui s'est cristallisée au Japon sous le nom de jan-ken, à l'époque d'Edo ou de Meiji. Sa simplicité l'a portée dans le monde entier. Personne ne l'a inventé. Tout le monde en a hérité.
Chronologie
| Période | Événement |
|---|---|
| Env. 200 av. J.-C. à 200 apr. J.-C. | Le shoushiling est documenté en Chine (dynastie Han) |
| XVIIe-XIXe siècle | Le jeu atteint le Japon et devient mushi-ken, kitsune-ken puis jan-ken |
| Fin du XIXe siècle | Le jan-ken (pierre-feuille-ciseaux) devient la forme dominante au Japon |
| Années 1920-1930 | Premières descriptions en anglais dans les médias occidentaux |
| Années 1940 | Les soldats de la Seconde Guerre mondiale diffusent le jeu en Occident |
| Années 1950-1990 | Le PFC devient un jeu d'enfance universel dans le monde entier |
| 2002 | La World RPS Society formalise les règles de compétition |
| 2003-2009 | Championnats du monde de PFC annuels à Toronto |
| Années 2010 à aujourd'hui | Le jeu en ligne, la recherche en IA et les tournois organisés continuent de se développer |
